Mille milliards de mille sabords

De la BD reportage à l’Histoire dessinée, une autre façon de faire vivre l’Histoire est de la représenter graphiquement.
Trois auteurs, trois façons d’aborder l’histoire à travers la bande dessinée, choisis parmi les dernières publications.

Joe Sacco, auteur de plusieurs BD-reportages dont Palestine : une nation occupée (Vertige Graphic, 1996), The fixer : une histoire de Sarajevo (Rackham, 2005) ou Gaza 1956 : en marge de l’Histoire, explique pourquoi il a choisi le roman graphique :

« Dans la bande dessinée, par exemple, je peux utiliser beaucoup d’images qui montrent les camps de réfugiés : donc cette image est toujours là pour le lecteur, il la voit tout le temps, ce n’est pas la peine pour moi de la décrire, je peux concentrer mes mots sur autre chose. Par ailleurs, avec le dessin, tu peux toujours capturer le bon moment. Quand on pense aux photographies qui nous ont le plus marqué, par exemple ce Vietcong exécuté d’une balle dans la tête par un militaire, on remarque qu’elles sont prises exactement au bon moment, ce qui est très difficile. Avec le dessin, du coup, il faut faire attention à ne pas en abuser : tu ne peux pas bombarder le lecteur de moments parfaits, mais choisir à quel moment user de cet impact visuel très fort. Enfin, le troisième avantage que je vois, c’est cette capacité à emmener le lecteur dans le passé : d’une vignette à l’autre, tu peux aller cinquante ans en arrière, et le lecteur le comprend sans effort. Cette force de transition est inégalable. » (evene.fr)

Gaza 1956 : en marge de l’histoire / Joe Sacco. Futorupolis, 2010.

En 1956, plusieurs centaines de Palestiniens ont été exécutés par l’armée israélienne dans les deux villes de Rafah et Kahn Younis. Joe Sacco est allé sur place et pendant des mois a recueilli les témoignages des palestiniens d’aujourd’hui  et de rares témoins de l’époque.  Il base son étude sur ces récits mais aussi sur quelques documents d’archives israéliens, malheureusement peu nombreux, les massacres ayant été passés sous silence par l’Histoire officielle. Joe Sacco se penche sur un événement précis pour tenter de comprendre la situation actuelle au Proche-Orient.

La critique du livre sur l’humanite.fr, et une interview de Joe Sacco sur bdtheque.com

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En Italie, il n’y a que de vrais hommes est l’histoire des persécutions dont furent victimes les homosexuels en Italie dans les années 30 par les fascistes au pouvoir. Condamnés pour « crime contre la race », ils ont été confinés dans des centres spéciaux ou isolés sur certaines îles du sud de l’Italie pendant plusieurs mois.  Comme le soulignent Tommaso Giartosio et Gianfranco Goretti dans la préface, c’est une chance qu’un épisode aussi important de l’histoire gay et de l’histoire italienne soit raconté sous la forme d’un album de BD, média on ne peut plus contemporain et donc susceptible de toucher un public nouveau. Les auteurs ont suivi la réalité historique tout en la simplifiant et en reprenant des citations et des témoignages.  Les liens entre passé et présent, historiens et témoins sont ainsi éclairés et questionnés.

En Italie, il n’y a que de vrais hommes / Luca de Santis et Sara Colaone. Dargaud, 2010.


1938, Ninella est arrêté et condamné par les autorités fascistes à 5 ans de confinement sur l’île de San Domino delle Tremiti. Il y passe plusieurs mois, jusqu’au début de la guerre, entouré d’autres citoyens homosexuels et sous la surveillance des carabiniers, tandis que les prisonniers politiques sont enfermés sur l’île d’en face.
Le titre de l’album est emprunté à Mussolini.

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Howard Zinn, historien américain décédé en janvier 2010, était aussi un militant pacifiste. Volontaire durant la seconde guerre mondiale auprès de la Royal Air Force, il participa au bombardement de Royan à quelques semaines de la fin du conflit. Cet événement le toucha et le força à s’interroger sur les réelles motivations de la guerre et des guerres. Son autobiographie « L’Impossible neutralité » résume sa position en tant qu’historien et acteur/témoin de la société actuelle qui ne peut se comprendre que par les éclairages des événements passés.

Son ouvrage Une histoire populaire des Etats Unis, de 1492 à nos jours a été lue par des millions d’Américains et traduite dans de nombreux pays. C’est l’Histoire de l’Amérique vue par le peuple américain, les Indiens, les esclaves, les syndicalistes, les Noirs, les femmes… à travers récits, confessions et correspondances révélant des faits occultés de l’Histoire américaine et contraignant le lecteur à tirer des leçons du passé.
Dans Une Histoire populaire de l’empire américain, Paul Buhle et Mike Konopacki présentent graphiquement les conceptions les plus importantes de l’ouvrage d’Howard Zinn tout en y intégrant des éléments de son autobiographie puisqu’ « il est difficile de rester neutre dans un train en mouvement ».

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Sur le même thème, à découvrir :

  • Chaque trimestre, la revue XXI décrypte l’actualité à travers de longs dossiers et une ou plusieurs BD reportages. Emmanuel Guibert ou Joe Sacco y collaborent.
  • La trilogie : Le photographe / Emmanuel Guibert et Didier Lefèvre (Dupuis). Voir les BOOKineurs
  • Les éditions Flblb ont publié :

Petite histoire des colonies françaises 1 : l’Amérique française / Grégory Jarry et Otto T. (Flblb, 2006)

Petite histoire des colonies françaises 2 : l’Empire / Grégory Jarry et Otto T. (Flblb, 2007)

Petite histoire du grand Texas / Grégory Jarry et Otto T. (Flblb, 2005)



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