Une conférence pour (re)découvrir Marguerite Audoux

Marguerite Audoux a marqué la littérature française avec son premier roman, Marie-Claire, édité en 1910. Remarqué par la critique, il est distingué par le jury du prix Femina.

Son auteure apparaît comme une intruse dans le monde des lettres : après avoir été bergère en Sologne, elle vit de ses talents de couturière lorsque son ouvrage est publié.

Bernard-Marie Garreau, universitaire, est l’invité de la Médiathèque le vendredi 12 octobre 2012 à 18h30 pour une conférence intitulée Marguerite Audoux : bergère, couturière et femme de lettres.

Il est accompagné de Marie-France Castelain, vice-présidente de la Société d’Art, d’Histoire et d’Archéologie de Sologne,
qui lit des textes de Marguerite Audoux.

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Les abeilles

Vendredi 05 février 2010 à 18h30

Projection de « La disparition des abeilles : la fin d’un mystère », film réalisé par Natacha Calestrémé (www.natachacalestreme.fr), suivie d’un débat en présence de Jacques Belhache de Sologne Nature Environnement et de Sylvain Suquet, apiculteur à Courmemin. 

Du 26 janvier au 06 février inclus :

L’exposition « Les abeilles »,  prêtée par le Conseil Général du Loir-et-Cher, montre la diversité extraordinaire des insectes de l’ordre des hyménoptères auquel appartiennent les abeilles, les bourdons, les guêpes et les frelons. L’exposition met tout particulièrement en évidence l’abeille domestique et son rôle pour les êtres humains :

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Aucante, Marieke

MARIEKE AUCANTEMarieke Aucante partage son temps entre l’écriture de romans, le journalisme d’investigation à la télévision (Emission « Les pieds sur l’herbe » de France 3 National) et la réalisation de films documentaires (Dans la lumière de Jean Zay, 1995, Le miroir de l’autre, 1996, L’annonce du handicap, 1998). Marieke Aucante entre « Elle et lui ».

L’auteur, Marieke Aucante, vit au coeur de la forêt solognote et y a écrit ce roman, Elle et lui. ()

Cette femme, qui est également journaliste et réalise des films documentaires, a une prédilection pour les mondes clos. Elle a déjà écrit plusieurs romans sur celui de la sorcellerie (Le loup des brumes), et de l’enfance difficile (Ces enfants dont personne ne veut).

Dans Elle et lui, l’auteur rétrécit un peu ce chant du réel, pour ne garder, comme tout acte épistolaire, que l’essentiel de ce type de dialogue qui se nourrit de l’autre comme à distance. Une atmosphère se créée, que le style embellit de phrases à la fois courtes et immenses, comme « M’avez-vous lue ruisselant du dedans, avez-vous guetté mon empreinte d’envie, entre les lignes ? ».

Un roman en quête de l’autre, où l’attente de la rencontre se fait trame, et où l’imaginaire finit par occulter le réel dans une sorte de symbiose sensuelle, et dans lequel Marieke Aucante sait jouer astucieusement avec l’impatience du lecteur comme une sorte de désir supplémentaire à ceux de ses créatures romanesques.

Un roman original qui renoue avec bonheur dans ce genre un peu délaissé de nos jours, qu’est l’épistolaire.

P.M.

La République du Centre, 6 mai 1998.

A publié :
*Du collet à la carabine, braconniers d’hier et daujourdhui in Sologne / sous la dir. de Jacques Hesse, Berger-Levrault, 1979

*L’âge de l’ombre, Flammarion, 1981

*Les braconniers : mille ans de chasse clandestine, Floréal, 1983

*L’hiver en juillet, Flammarion, 1986

*Le loup des brumes, Seghers, 1987

Le livre du braconnier, Albin Michel, 1993

*On ne m’a jamais demandé mon avis, Laffont, 1990 (Réponses)

*Ces enfants dont personne ne veut, Dunod, 1997

*Elle et lui, Climats, 1998

* = ouvrages disponibles à la médiathèque

Extraits

La forêt des oeufs mouchetés, le 18 avril

Trouverez-vous le temps de lire mon courrier quotidien du mois d’avril ? Désespoir de l’écriture d’une lettre : ce décalage de temps. Vous me lirez dans deux jours au mieux. Je ne saurai rien de la façon dont vous m’accueillerez ni de l’état dans lequel vous serez.

Miracle de l’écriture : désormais et sans raison, je parviens à vous adjoindre un regard, un corps, un visage.

Je vous ai aimé dans votre lettre. Débordant de désir et d’un certain sourire intérieur. Ce langage silencieux de votre pensée va droit à mon coeur.

Sur une des fenêtres de mon isba, vit une jolie petite poule grise, apprivoisée. Chaque été, elle couve des oeufs de perdrix que je glisse subrepticement dans la paille. A l’éclosion, je descends la boîte à chaussures qui lui sert de nid. Un mois durant les petits perdreaux vont et viennent autour de la poule, puis à l’automne ils disparaissent un à un. La dernière perdrix, au plumage flamboyant, est restée tout l’hiver sans quitter la poule d’une plume. Lorsque celle-ci est tombée malade, à ne plus bouger du nid, la perdrix lui a tenu compagnie, l’a aidée à se rétablir. J’ai cru que c’était pour la vie. Or, le chant d’un perdreau l’a attirée dans la forêt aux premiers beaux jours. Elle s’est envolée avec lui. Quelle surprise heureuse ce matin, tandis que le facteur me remettait votre lettre, la petite perdrix rouge est revenue à mes pieds avec son perdreau, resté à distance. Elle m’a regardée comme pour me dire « Vois mon compagnon, je te le présente. »

M.

La forêt vieille, le 23 mai,

J’ai beaucoup marché. Sur les mêmes sentiers qu’autrefois. Je les prendrais les yeux fermés. D’autres images me viennent. Mes ancêtres, parfois m’accompagnent. Cest leur monde : Bouleaux, châtaigniers et chênes. Bruyères et landes. Chevreuils et lapins qui se cachent et parfois vous toisent dans un sentier de sable blanc.

Etes-vous de ces hommes que la cinquantaine courbe légèrement ou bien de ceux qui se redressent dans un geste étriqué des épaules ? Si je vous demandais à l’instant même de me dire votre rêve le plus enfoui, le plus authentique, quel serait-il ?

Ma pensée se résume aujourdhui à un impérieux désir de vous voir. Révélée comme une photographie noir et blanc petit à petit, sans précipitation. Le reste n’existe pas. Les mots gonflent comme des pets de nonnes, dans l’huile bouillante. Délicieux, mais brûlants aux doigts. A ne pas prendre avec des pincettes ! Dès quils ont pris forme, ils claquent comme les graines de genêts sous les rayons d’un vrai soleil d’été.

Ai-je bien lu que vous avez inondé la nuit jusquà moi. Dites-moi plus de cette évocation ! Vous êtes un braconnier de l’amour.

M

10 août,

La forêt est aujourdhui exactement comme j’aimerais que vous la viviez. Les feuilles contiennent déjà la mort de l’été et les prémices d’un automne riche en frissons.

Un léger vent rafraîchit la peau et la contente.

Je n’ai pas de nouvelles de vous depuis deux semaines. Ni carte, ni télégramme, ni lettre.

Jamais entre nous silence ne fut plus long et plus insupportable.

Chaque jour qui passe n’est fait que de cette attente de vous lire, ou de vous entendre. Le reste n’existe pas.

Je tente de trouver une explication à votre silence. En vain.

La seule chose capable de me rendre heureuse se résume à une enveloppe blanche au timbre allemand. Sans épaisseur. Je présume que vous êtes partis de Granville depuis longtemps. Je ne passe pas une journée sans vous.

J’ai interviewé un juge pour enfant, un chef d’entreprise, un viticulteur et un collectionneur fou depuis mon retour de la mer.

Je nose plus vous appeler. Une de vos secrétaires me fait barrage. Est-ce vous qui le lui avez demandé ?

S’habitue-t-on au manque ?

Un grand vide entre le ciel et la terre. Des oreilles de chevreuil dressées. La forêt blanche.

L’image est si délicieusement folle. Vous debout, perpendiculaire. Moi, étendue sur le lit à baldaquin. Votre plume mouillant mon visage. Trop intime caresse. Les mots ne venaient pas rue Blanche. Vous êtes au bord de moi et vous me laissez à la lisière du plaisir. Troublée par cette fantastique vision dont je suis aujourdhui privée.

Ne rien oublier du feu d’artifice de notre rencontre. Jamais. Je vous aimerais sculpteur, si j’étais votre modèle de glaise noire.

M.

Le 2 avril, nuit de lune rousse.

Vous êtes né dans les terres rouges du Sud Aveyron. Votre volonté fut d’y être enseveli. L’ai-je aussi inventé ?

Je fouille le sol ferrugineux jusqu’à m’en arracher les ongles pour y enfouir les milliers de lettres à venir.

Mes cris d’amour percent les murailles de votre sarcophage. Le secret de mon égarement se décompose dans la glaise éternelle.

L’écriture disais-tu rend l’amour immortel. Et si cétait la vie, l’immortalité ?

Car je ne vous espère plus. Les pieds dans les murailles en morceaux. Je vous attends.

M

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